La villa de l’architecte Nousillet-Clinch

Aujourd’hui, nous allons sortir de l’oubli une villa plutôt petite mais intéressante par son aspect et son propriétaire. C’est cette maison avec les lucarnes coiffées de curieux triangles. Elle était en plein milieu du trapèze à l’époque où celui-ci baignait dans le calme et la verdure. Les plus fidèles du blog l’auront peut-être reconnue, elle figurait dans ce post, rédigé à une époque où nous avions bien peu d’informations.

Toutes les vues que nous avons collectées viennent de Renault Histoire, merci à eux.

Que voyons-nous ? Au premier plan, l’avenue bordée de tilleuls est l’avenue Emile Zola. La rue qui longe la villa n’existe plus, c’était la rue Théodore, la villa était au 31. Aujourd’hui, elle serait située sur le parc de Billancourt, au niveau de l’aire de jeux. On distingue en arrière-plan les peupliers du quai de Seine et le coteau de Meudon avec le pavillon de Bellevue qui existe toujours.

La propriété est toute petite au regard des autres villas disparues de Billancourt : 351 m². La maison de trois étages est coiffée de lucarnes à gâbles ornés, avec arêtes et épis de faîtage. Les autres étages ne semblent pas présenter d’éléments décoratifs notables. La propriété contient aussi le petit bâtiment de deux étages qui la jouxte (à droite), caché par les arbres et qui semble aussi décoré. Il porte une grande terrasse qu’on peut protéger du soleil grâce un vélum et accessible depuis le dernier étage du grand bâtiment. Un élément qui plairait beaucoup aujourd’hui ! Le petit jardin contient un puits commun avec le voisin Bérard (à gauche). L’accès est protégé par un élégant portail en fer forgé.

Renault n’est pas loin : deux premières photos ci-dessus ont été prises depuis le toit de l’usine, la cheminée est celle de la toute nouvelle centrale Renault et un atelier Renault est en construction sur la droite, de l’autre côté de la rue de l’Ile. A gauche, au deuxième plan, on aperçoit la toute première maison de campagne achetée par le père de Louis Renault en 1875. Ils sont donc voisins.

A la date de la photo, la villa est la propriété d’un architecte et ingénieur : Eugène Médart Clinch dit « Nousillet » (ou « Nouzillet »). On ne sait pas pourquoi ce surnom.

Des réalisations discrètes

En tant qu’architecte il n’a pas laissé de grandes réalisations mais nous avons réussi à en retrouver quelques unes à Boulogne. On sait qu’il a dessiné un immeuble au 33 avenue des Moulineaux (Pierre Grenier) qui n’existe plus et un autre au 35 rue Nationale, pour un certain M. Rivardo, immeuble assez ordinaire mais qu’on peut encore voir aujourd’hui.

La réalisation la plus notable, vous êtes passés devant sûrement de nombreuses fois, c’est l’immeuble du 208 boulevard Jean-Jaurès, à l’angle avec la rue du Vieux Pont de Sèvres et qui abrite la boulangerie « délices et compagnie ». L’immeuble est également mentionné dans l’ouvrage « Boulogne-Billancourt, ville d’art et d’essai » (page 64). Sa façade porte la mention « Nousillet-Clinch Architecte 1912« .

Si vous trouvez d’autres mentions de Nousillet-Clinch ailleurs dans Boulogne, n’hésitez pas à nous les communiquer. La recherche n’est pas terminée.

L’architecte résidait dans sa villa toute l’année avec son épouse Denise et ses deux fils Julien et René. Ce n’était donc pas une résidence secondaire. Nous n’avons pas trouvé de portraits de lui et bien peu d’informations. En creusant un peu, on apprend qu’il était président d’une société de gymnastique « Patrie » à Boulogne. Il était membre du Touring-Club de France et une petite annonce de 1913 nous apprend qu’il « prêtait volontiers son automobile à personne sérieuse ». Une Renault ?

Un opposant à l’expansion de Renault

Nousillet-Clinch se fait remarquer deux ans plus tard par son opposition à la fermeture de la rue de l’Ile, toute proche, lors de « l’affaire des rues Renault ». Louis Renault, propriétaire de tous les terrains de la rue, envisageait de la privatiser. Eugène n’est pas riverain de la rue de l’Ile mais cette fermeture transformerait la rue Théodore en impasse. Il a déjà vendu en 1913 à Louis Renault un de ses terrains, mais veut protéger sa villa des coups de force de l’industriel. Il adresse une première protestation à la municipalité le 5 janvier 1915. Il y est répondu que « la rue de l’ïle n’ayant jamais été classée au nombre des voies communales est restée voie privée… La Ville n’a pas à intervenir elle, mais les intéressés qui prétendent avoir des droits sur cette voie ».

Des mois plus tard, un matin de novembre 1915, Louis Renault fait barrer la rue de l’Île des quais jusqu’à la rue du Hameau. Nousillet-Clinch réagit : « Je proteste énergiquement. La rue de l’île est ouverte à la circulation publique depuis plus de quarante ans… la prescription est donc acquise ; cette voie appartient à la ville de Boulogne. Nul droit pour M. Renault de se l’approprier. Et c’est l’administration communale qui doit rappeler M. Renault à la réalité des faits… Peu importe que M. Renault ait fait ou non les frais de viabilité de cette voie. Ce ne sont pas des frais faits par lui qui peuvent lui constituer légalement maintenant le droit de propriété ». Ces protestations resteront sans effet.

Il jettera finalement l’éponge et acceptera de vendre sa propriété à Louis Renault le 23 janvier 1917 pour un bon prix. La villa sera rasée rapidement pour laisser la place à des ateliers de fonderie et d’emboutissage (ilot I de l’usine).

Eugène Nousillet-Clinch décède le 28 décembre 1936 à l’âge de 64 ans, à Boulogne-Billancourt.

Les propriétaires avant Renault

La propriété avait été acquise par Eugène Médard Clinch, et son épouse Rosalie Faron le 29 décembre 1904 pour 30 000 francs. A noter que les gâbles triangulaires de la villa ne sont pas sa réalisation puisqu’on les voit nettement sur cette autre photo de 1903 prise des hauteurs de Meudon.

L’examen de l’acte de vente, retrouvé dans le fonds de l’association Renault Histoire, nous permet de reconstituer les propriétaires précédents. Ce sont essentiellement des parisiens sans histoire, la villa devait être une résidence secondaire.

Acquisition le 29 octobre 1894 par Henry Gaspard Charles Châtelain (1850-1915), représentant de commerce et son épouse Julie Noémie Clerget, parisiens. pour 12 500 francs

Acquisition le 27 juin 1882 par Armand Edouard Joseph Marie le Forestier de Quillien (1852-1922), chevalier de la légion d’honneur, commis principal au ministère de la marine, Enseigne de vaisseau et son épouse Antonine Marie Eugénie Nielly, parisiens, pour 14 300 francs

Acquisition en avril 1873 par Françoise Adelphine Lamy épouse de Jules Pierre Moreau, Auprès de Alexandre et Antoine Cheradame, parisiens, expert en tableaux. Complétée en 1880 par l’acquisition du terrain contigu portant le petit bâtiment.

Le terrain appartenait à Casimir de Gourcuff depuis 1825 comme tout le reste du Village de Billancourt, puis aux promoteurs Bonnard & Naud à partir de 1859. A l’époque le terrain était vierge de toute construction. On ne sait pas exactement quand la villa a été construite mais une habitation apparaît à cet endroit sur les cartes de 1890.


Les villas disparues de Billancourt:

Villa 10 rue SolferinoVillas de la famille Renault
Villa AussillousMaison Bican
Villa BoitelleVilla Bottin
Villa CapriceVilla Casteja
Villa DamiensMaison de Tavernier
Maison du prince PolonaisVilla Flora
Villa FountaineVilla Mauresque
Villa Marti – MorelVilla Nousillet-Clinch
Villa RozierVilla Toucy
Ferme de BillancourtPropriété de lady Hunlocke

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