Le restaurant Sarreste de l’île Seguin

Voilà longtemps que nous voulions faire un sujet sur ce restaurant. Avec le tir aux pigeons à la pointe amont, il incarne peut-être le mieux la douceur de vivre sur l’île Seguin avant l’irruption de Renault.

Tout commence par la découverte, il y a quelques années, de cette carte postale colorisée des débuts du XXème siècle, ci-dessous. Sur l’île encore verte, un bâtiment se détache portant la mention « Hôtel Restaurant Sarreste ». À quoi ressemblait-il ? Qu’y trouvait-on ? Comment y accédait-on (l’île n’avait pas de pont) ? Qui était la famille Sarreste ? Les historiens n’en disent rien, ou si peu. Nous avons donc mené l’enquête nous-même.

L’un des derniers propriétaires de l’île.

En ce début de XXème siècle, seuls quatre propriétaires se partagent l’île. Nous avons déjà présenté les trois autres. Il y a le Comte de Lambert, gentleman aventurier qui voulait traverser la manche en avion avant Blériot et qui possède la majeure partie de l’île. Il y a ensuite Simon Aubry qui possède le tir au pigeons, à la pointe amont. Enfin, il y a Georges Gallice, le polytechnicien qui résista à Louis Renault jusqu’à sa mort. Le quatrième propriétaire possède une étroite bande de terrain de 150 mètres de long sur 25 de large qui coupe l’île d’une rive à l’autre : Sarreste.

En 1890, un cliché d’Hyppolyte Blancard nous dévoile le terrain vu des hauteurs de Meudon comme une bande boisée. Il nous dévoile au premier plan à gauche un débarcadère, des enseignes et des bâtiments bas. Il semble que le premier restaurant était face à Billancourt, dans ce bâtiment de trois étages à droite, avec un escalier extérieur et un toit à une seule pente.

Puis le restaurant se serait déplacé dans une nouvelle construction, bâtie entre 1903 et 1905, face à Meudon. Il est plus proche du ponton des « bateaux-omnibus » où débarquait sa clientèle parisienne. L’ancien bâtiment est alors consacré à des chambres d’hôtel.

On remarque les deux bâtiments sur cette vue de 1919. On note au passage que son voisin a surélevé son terrain pour le mettre hors d’atteinte des crues hivernales.

L’île n’a, à l’époque, aucun pont. Pour accéder au restaurant, il faut traverser le petit bras de la Seine côté Meudon. Le client fait signe au passeur du restaurant qui vient le chercher et le débarque sur l’île. On aura l’occasion de reparler de lui.

Là, les tables disposées au bord de l’eau attendent les clients. Le bâtiment face au coteau de Meudon offre une grande capacité sur plusieurs niveaux, sûrement idéale pour les banquets. Le restaurant propose également des bosquets, un kiosque, des jeux et des balançoires. Pour les clients qui désirent être seuls, Sarreste propose des « cabinets de société », ce sont des petites pièces à l’écart.

Après le déjeuner le client peut retraverser la Seine et emprunter le funiculaire de Meudon, une attraction qui offre un panorama sans égal sur l’île, la boucle de la Seine et, au loin, Paris.

Guinguette ou Select ?

Nous aurions aimé trouver une photo avec des clients attablés, une critique gastronomique, ou juste une idée de la carte, mais nous n’avons rien trouvé de tel. À peine une petite anecdote concernant l’incendie du kiosque en 1882, vite maîtrisé.

De tels restaurants construits sur les îles, on en trouvait également en amont, sur la Marne, ou plus en aval de la Seine. On pense notamment aux tableaux d’Auguste Renoir, dans les années 1880. Il a immortalisé la Grenouillère sur l’île de la Chaussée, à Croissy, ou la maison Fournaise à l’île de Chatou où il peint le célèbre « déjeuner des canotiers ».

Trouvait-on chez Sarreste la même joyeuse animation ? Il semble en tout cas avoir les mêmes atouts : la proximité de Paris avec le débarcadère juste en face, les tables au bord de l’eau et l’atmosphère insulaire. On y aurait volontiers passé ses dimanches d’été. Quel dommage que les peintres n’y aient pas posé leur chevalet !

Sarreste était-il plutôt « Select » ou « guinguette » ? Plutôt raffiné ou populaire ? Branché ou familial ? On ne sait pas. Nous devrons nous contenter d’imaginer.

Qui sont ces employés, cuisiniers ou serveurs immortalisés ci-dessus ? Mystère. Les recensements ne nous disent rien, ils n’habitent pas sur l’île.

En revanche nous en savons davantage sur la famille Sarreste. Elle a créé et tenu ce restaurant durant plus de 50 années. La semaine prochaine nous raconterons pourquoi Eugène Sarreste a failli être déporté cinq ans en Algérie et à quelle occasion son fils Gabriel Lucien a sauvé quatre personnes de la noyade.

2 Replies to “Le restaurant Sarreste de l’île Seguin”

  1. J’aime bien l’évocation du passeur en barque me rappelant le traghetto vénitien !
    Oui il est dommage de ne pas avoir une idée de l’ambiance « Guinguette » ou « Michelin » de l’époque. A suivre…

    Aimé par 1 personne

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