Le vrai Georges Gallice, de l’île Seguin (2/2)

Nous en parlions dans l’article de la semaine dernière, Georges Gallice aura résisté jusqu’à sa mort, contre la volonté d’expansion de Louis Renault qui convoitait son terrain de l’île Seguin.

Plan d’occupation de l’ile Seguin avant Renault. Source : SHGR.
La propriété de Gallice y figure en vert.

Mais qui était au juste Georges Gallice ? L’histoire officielle, vue de Renault, ne nous donne pas beaucoup d’indices. Le Village de Billancourt a enquêté et les résultats sont étonnants.

Avec l’aide des archives de Meudon et de Boulogne-Billancourt, nous avons pu établir que son nom exact est Charles André Georges Gallice. Il devient proprietaire, en 1913, de la maison de son beau-père à Meudon, (décédé en 1911), au 1 rue Basse de la Terrasse. Il a alors 53 ans. Il n’y réside pas en permanence, mais y héberge un concierge et un jardinier.

Sans doute séduit par la beauté de la boucle de la Seine qu’il a sous les yeux, il achète ce terrain sur l’île Seguin, de près de 7000 m² à la veuve d’un certain Maximin Robert. Ce terrain est déjà couvert de vergers, de deux maisons et d’un pavillon.

Les cadastres nous informent également que son épouse s’appelle Jeanne Durand. Et c’est le nom de son épouse qui nous a permis d’établir avec certitude que notre homme est en réalité bien connu des amateurs de mécanique !

Photo aerienne 1932 Gallice
La propriété de Gallice en 1932.

Ce Georges Gallice est champenois d’origine, Polytechnicien et inventeur passionné. On lui doit des découvertes dans le domaine de la chimie, de l’électricité, de la téléphotographie et du chronométrage. Rien que ça. Mais, il est également co-inventeur avec Fernand Forest … du moteur Forest-Gallice, premier moteur 4 cylindres à 4 temps ! Ils en présentent tous deux le prototype à l’exposition universelle de 1889 et déposent le brevet en 1890. Mais ils ne l’ industrialisent pas et les constructeurs automobiles l’ont copieusement boudé. Le moteur a toutefois été monté sur des bateaux.

Reconstitution du moteur Forest-Gallice.

Vous voyez la situation ? Le co-inventeur du moteur à 4 cylindres et 4 temps, chassé par l’industriel à succès ? Et si finalement il ne s’agissait pas du combat d’un riverain mécontent mais d’une histoire de jalousie et de rancœur ? On l’imagine écrivant à Louis Renault : « Vous n’avez pas voulu de mon moteur ? Vous n’aurez pas ma propriété! »

Mais ne nous y trompons pas. Lorsqu’on fouille sa biographie, on decouvre que l’homme n’a pas vraiment le profil de l’inventeur maudit, aigri et reclu. Georges Gallice est en réalité un homme aisé et sociable. Frère du président de la marque de champagne Perrier-Jouët, il est très actif et parcourt la France en tous sens. Il est co-fondateur du Yacht Club et de l’automobile-Club de Cannes. Il se fait construire une belle villa à Juan les Pins où il passe ses hivers. Il y navigue sur ses yachts automobiles baptisés « Ellen » et « Jolie Brise« , propulsés par son moteur Forest-Gallice, bien sûr.

Au printemps il remonte à Meudon où il reçoit ses amis parisiens.

Georges Gallice décède en 1933 à Epernay, mais c’est au vieux cimetière de Meudon que ce champenois d’origine choisit d’être enterré, le 19 décembre, proche de son île Seguin.

Curieusement, nous n’avons rien trouvé, dans nos recherches sur la vie de ce Georges Gallice, concernant ses démêlés avec Renault. Il semble qu’il ait choisi de rester discret à ce sujet.

Pour terminer, et à défaut de portrait du personnage (appel au peuple en passant), nous publions la description suivante, issue du journal « la petite presse » de 1906, il a alors 46 ans :

« Que vous le rencontriez dans un salon mondain ou dans une assemblée d’industriels, d’agriculteurs ou de notables commerçants, Georges Gallice est également sympathique. Sa personnalité est de celles qui retiennent l’attention ; quand on s’est trouvé en relations d’affaires ou d’amitié avec lui, il laisse le souvenir agréable de l’homme correct, à l’éducation raffinée, du gentleman plein de tact et de courtoisie. Encore dans toute la force de l’âge, du reste, actif; remuant et doté d’un tempérament très robuste, Georges Gallice est aussi un sportsman fervent de l’Automobilisme et du Yachting. il se déplace avec une facilité extrême, c’est ce qui explique sa vie fébrile, partagée en de diverses et multiples occupations dans des régions absolument éloignées les unes des autres, c’est-à-dire d’un bout à l’autre de notre pays. Il est le propriétaire de la célèbre marque du vin de champagne connu sous les noms de Perrier-Jouêt et C° d’Epernay (son frère, en réalité – Ndlr); il est l’âme même de cette vaste entreprise viticole, connue d’ailleurs du monde entier et qui n’est pas le moindre joyau de notre fertile département de la Marne. En outre, M. Georges Gallice exerce les fonctions de conseiller municipal de la ville d’Antibes, dans le faubourg de laquelle s’élève la Villa Gallice, à Juan-les-Pins, l’un des sites les plus pittoresques de la Côte d’Azur, voisin de l’Eilenroc (Cap d’Antibes) où le Roi des Belges est devenu acquéreur d’une grande étendue de terrains, depuis l‘hiver dernier. « 

La villa Gallice. Source : Imagesdantan92.

« Dans sa somptueuse demeure, construite sur une hauteur et que l’éclat du soleil du midi égaie durant toute l’année d’une auréole scintillante, cadre féerique aux mille feux reflétés par les flots bleus de la Méditerranée, l’aimable édile passe tous les hivers et donne ses soins très dévoués aux intérêts publics dont ses électeurs lui ont confié la garde ; puis, vers l’époque du printemps, il fait une apparition rapide à Paris, ou plutôt à Bellevue-Meudon, cité célèbre par ses bois. Là il possède également une coquette propriété dominant la Seine ; il y reçoit une élite intellectuelle, une foule d’amis, heureux de le saluer au passage. Enfin, Georges Gallice s’adonne encore avec minutie à la gestion de ses intérêts viticoles dans la région d’Epernay ; il se trouve ainsi sans cesse en mouvement, ne dédaignant pas de franchir dans sa voiture automobile des milliers de kilomètres à vive allure, ce qui fait que vous pouvez l’apercevoir sur la corniche de l’Estérel ou brûlant la route entre Nice et Cannes, et le retrouver quatre jours plus tard sur le Boulevard, à Paris. Telle est la physionomie de l’honorable M. Georges Gallice, l’un des hommes les plus absorbés de notre temps par la multiplicité de ses occupations publiques et privées ».

Photo en tête d’article : Propriété Gallice sur l’île Seguin, avant Renault. Crédit: Jean-Pierre Lebaillif

5 Replies to “Le vrai Georges Gallice, de l’île Seguin (2/2)”

  1. merci pour toutes ces histoires de la construction de notre quartier et plus largement, de belles recherches bibliographiques, vous n’indiquez pas sur quel modèle de voiture il parcourait la France à vive allure… pas une Renault jr suppose !

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