Le collège « type Pailleron » de la rue Heinrich.

Nous sommes en 1971. Avec une capacité de 900 élèves, notre tout neuf collège Jean Rostand se présente sous la forme d’une série de 4 bâtiments s’étendant sur 8 400 m2 entre les rues Heinrich et du Point du Jour. Erigé sur d’anciens terrains Renault dont nous aurons l’occasion de vous compter l’histoire, il accueille initialement une partie des écoliers du collège mixte de la rue du Vieux Pont de Sèvres voué à la démolition et à la reconstruction.

Il faut bien reconnaître que l’ensemble n’est pas très sophistiqué. Mais, en cette époque de rebond des naissances de l’après guerre, le fameux baby boom, il est impératif de créer de nombreuses salles de classe, surtout qu’en 1959 l’age obligatoire de fin de scolarité est porté de 14 à 16 ans. Alors, dès 1950, débute la période du « un collège par jour ». Vous l’aurez compris, il faut bâtir vite pour pas cher, et au diable l’esthétique et les raffinements architecturaux.

Mais pourquoi ce collège, comme beaucoup d’autres en France, sera t’il qualifié de « type Pailleron » ? En référence à quelque promoteur, architecte, ministre de l’éducation ou autre illustre inconnu ? Non, la vérité recouvre une bien triste affaire qui fit beaucoup de bruit à l’époque. En effet, derrière cette appellation « de type Pailleron » il y a toute l’horreur d’un terrible drame survenu dans Paris, le 6 février 1973.

Le drame du collège Pailleron, à Paris.

A 19h40, un incendie se déclare dans les locaux neufs d’un bâtiment scolaire de 4 étages exceptionnellement occupé ce soir là pour un cours de musique réunissant 36 personnes.

Les pyromanes, 2 élèves agissant par provocation ou vengeance, mettent le feu à une poubelle avec deux litres de white-spirit. Ils ne savent pas qu’une salle du 3ème est occupée après les cours. L’incendie atteint alors rapidement le quatrième étage par les faux plafonds, prenant les étages intermédiaires en tenaille. Les pompiers vont découvrir les corps calcinés de 16 enfants et 4 adultes.

Le bâtiment, comme le collège Jean Rostand, est construit à l’économie et au mépris des règles de sécurité. On ne le découvrira que trop tard.

Le scandale Pailleron – Le procès

Aussitôt les pouvoirs publics cherchent à se dédouaner en chargeant les 2 jeunes pyromanes, en désignant des lampistes et en mettant les bulldozers en action dès le surlendemain de l’incendie pour effacer les preuves ; ils en sont empêchés de justesse par les habitants du quartier qui font barrage.

Les parents des victimes vont se battre pour que soit révélée toute la vérité de l’affaire. Heureusement, le juge d’instruction en charge du dossier est de leur côté : c’est là, face aux pressions des pouvoirs publics, une attitude courageuse à noter.

L’enquête relèvera de graves irrégularités : pas de dépôt de permis de construire car il faut faire vite, assouplissement des normes de sécurité d’alors, mesures dérogatoires en terme de résistance et de choix des matériaux (entre autres de poutrelles métalliques moins chères en place du béton mais hautement déformables sous l’effet d’une intense chaleur), pas de dispositif coupe feu et de retardement de sa propagation (le collège s’est comporté du fait de son espace essentiellement vide et de ses matériaux inflammables comme une énorme cheminée, d’où la rapidité de propagation du feu), disposition incohérente des escaliers, aucun exercice d’évacuation…

La « victoire » des parents aura un goût amer. En 1985, le Conseil d’Etat reconnaîtra que « la sécurité a été insuffisamment contrôlée », que « le procédé de construction agréé par le ministère de l’éduction nationale l’a été en dépit de ses défauts » et que « l’Etat, en qualité de maître d’ouvrage délégué, a été déficient dans le contrôle de l’exécution de la construction ». Au final, une façon de pointer du doigt les pouvoirs publics mais sans réelles conséquences pour ces derniers puisque la part de responsabilité due à l’Etat sera réduite à un cinquième « étant donnée la gravité de la faute commise par les auteurs de cet incendie volontaire ».

Vous trouverez des documents et des témoignages du drame de la rue Pailleron dans ce documentaire d’Agnès Jamonneau :

L’après

Il est heureux cependant que depuis ce terrible drame aucun élève n’ait péri dans l’incendie de son établissement scolaire même si d’autres collèges de cette catégorie ont brûlé depuis, à Nice, Sarcelles, Canteleu…

Bien sûr, des mesures ont été prises depuis 1973 : modification des règles de construction, mise en place de dispositifs coupe feu et de sirènes incendie, exercices d’évacuation, destructions/reconstructions programmées des établissements bâtis selon ce même procédé de constructions modulaires à poutrelles métalliques.

Vous l’aurez donc compris, notre collège Jean Rostand « de type Pailleron » fut ainsi dénommé par assimilation. Ce sera une référence lourde de sous-entendus et un label bien peu valorisant.

Il n’existerait plus à ce jour aucun des 57 bâtiments « de type Pailleron », du moins dans leur état initial ; celui de la rue Heinrich a été démoli en 2001 et remplacé par le collège Jean Renoir, rue Yves kermen.

Tout irait donc bien du côté de la sécurité de nos enfants ? Oui, ou du moins jusqu’à ce qu’éclate un nouveau drame dû à un manque de vigilance. Soyons tous sur nos gardes, il en va de notre responsabilité de citoyens !

Vue aérienne d’en tête : Géoportail, mai 1973.

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