Le marché de Billancourt

Peut-on deviner sur ces visages à l’entrée du marché de Billancourt, les traits d’un arrière-grand-père, d’une tante ou d’un voisin ? Cherchez bien. Lieu de rencontre et d’échange autant que nécessité matérielle, le marché est un lieu de vie essentiel. Alors, à quoi ressemblait-il, notre marché, au début du siècle dernier ?

Au nord, Boulogne-sur-Seine avait déjà son propre marché depuis 1848. Mais il est trop lointain pour les habitants de Billancourt, de plus en plus nombreux (ils sont environ 2300 en 1866).

Les errements du premier marché de Billancourt

Un arrêté du maire de Boulogne du 17 avril 1867 autorise provisoirement un marché aux comestibles les mercredis et les samedis sur les contre-allées de l’avenue des Princes (avenue Victor Hugo), entre la sente de la Belle-Feuille et la route de Versailles. Le marché sera transféré à Billancourt, deux ans plus tard sur la place Napoléon (aujourd’hui place Jules-Guesde). Il y restera durant une vingtaine d’ années.

Puis il est transféré en 1887 route de Versailles (av du Général Leclerc) entre les rues Heyrault et des Quatre Cheminées durant une dizaine d’années. À cause des tramways, il est retransféré en 1893 avenue Victor Hugo. Ce marché ne tient pas en place !

Etablissement du marché en 1897
Etablissement du marché en 1897 – Archives municipales.

Le marché trouve enfin son emplacement définitif

En 1895, le maire Jacques Clément signe une convention avec monsieur Peltier, propriétaire de la fabrique de boîtes de métalliques Carnaud. Dans celle-ci, Peltier cède pour 118.000 francs, 6 638 m² de son parc situé entre la route de Versailles (Général Leclerc), les rues Heyrault et des Quatre Cheminées. C’est l’emplacement du marché actuel.

Dans l’opération on trace quatre rues nouvelles. Peltier donne son nom à celle qui débouche sur la rue des 4 cheminées. L’avenue Desfeux, tire son nom d’un bienfaiteur qui avait grandement participé à l’édification de l’hospice de Boulogne. On y construit, par la même occasion un bureau de poste qui n’existe plus aujourd’hui. La rue Liot est baptisée d’après le maire de Boulogne de 1878 à 1892. Entre les deux, la petite rue Rouget de l’Ile resta sans nom jusqu’à ce qu’on s’avise, en 1909, de lui en donner un. Les socialistes veulent la baptiser rue Jean-Baptiste Clément mais le maire Lagneau impose celui de l’auteur de la Marseillaise (les socialistes auront finalement leur avenue Jean-Baptiste Clément, 10 ans plus tard et à Boulogne).

Le beau marché couvert de Billancourt est inauguré en grande pompe en 1898. Mais pas par son créateur : son coût prohibitif a coûté à Jacques Clément sa réélection à la mairie.

Il ouvre les mercredis et samedis, tout comme aujourd’hui.

Les places sont attribuées par la mairie, le placier en assure la bonne organisation. Les marchands n’ayant pas de place attitrée peuvent choisir de s’installer dans les « places banales » selon leur ordre d’arrivée sur le marché. Les commerçants sont tenus d’avoir leur carnet de marchand ambulant.

En 1905, on compte 130 commerçants, avec un volume annuel important de marchandises. On y trouve des marchands des quatre saisons et d’autres comestibles (beurre, volailles, viande, ail, charcuterie, margarine, poissons, gâteaux, galettes, pâtes alimentaires…) mais aussi des brocanteurs, cordonniers, ferblantiers, marchands de coupons, de corsets, de boutons, de faïence, de vieux souliers, de bimbeloterie et fretins. Dans le fond, ça n’a pas beaucoup changé en 125 ans.

On fait la chasse aux resquilleurs. Dans les archives, on trouve ce procès-verbal établi par le gardien du marché en juin 1901, contre une marchande qui vendait des cerises en dehors des horaires autorisés : « ...Voyant que madame Bajari continuait la vente malgré mes observations, je lui ai ensuite fait observer que je lui dresserai un procès-verbal, alors elle m’a répondu « Faites-en deux ! ».

Le règlement du marché, de 1865, est affiché partout. Sa lecture ne manque pas d’intérêt. On apprend notamment qu’il est « interdit d’y abattre les animaux ou plumer la volaille, même les pigeons », « d’arroser la marchandise avec un goupillon » (pour ne pas éclabousser la clientèle ?) ou encore de « laver son linge dans les bacs réservés aux poissons vivants » ! On y lit encore : « Seront poursuivis conformément aux dispositions du code Pénal ceux qui auront jeté des pierres ou autres corps durs ou des immondices sur quelqu’un ».

Le marché vieillissant, on le modernise en 1980. C’est le marché actuel, avec ses toitures pyramidales blanches si caractéristiques. Qui se souvent de l’ancien marché aujourd’hui ? Dans l’opération, on supprime la portion de l’avenue Desfeux qui joint la rue Victor Griffuelhes actuelle. Le marché n’est ainsi plus coupé en deux et davantage d’espace est dédié au commerce. Et voilà pourquoi on fait aujourd’hui ce détour exaspérant pour rejoindre en voiture la place Marcel Sembat à partir de la place Jules Guesde.

Dans le prochain article, le Village de Billancourt vous conduira dans les allées du marché à la rencontre des commerçants et clients du début du XXème siècle.


Pour en apprendre davantage, je vous recommande le numéro spécial sur les marchés « Mémoire vive n°9 » édité en 2008 par le service des archives de Boulogne-Billancourt.

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