Les squares de l’Avre et des Moulineaux

Si nous déambulions dans le Billancourt des années 20, nous trouverions ça et là, bon nombre de terrains surmontés de bâtisses insalubres, bien loin des images des cartes postales de l’époque. Il faut se plonger dans les photos d’archives de la municipalité pour prendre la mesure de la pauvreté dans laquelle un grand nombre d’ouvriers faisaient vivre leur famille en ce début de XXème siècle. Car si Renault a contribué à une augmentation significative de la population de Billancourt, il ne fournissait, sauf exception, pas le logement.

Beaucoup de familles s’entassaient donc dans des chambres d’hôtels meublés miteux ou dans des barraques faites de bric et de broc.

C’est dans ce contexte que le maire, André Morizet, lance ses grands travaux de construction de logements sociaux, dans les années 30 à Billancourt.

Le plus important est sans conteste l’ensemble des Squares de l’Avre et des Moulineaux.

Cette cité de brique jaune est construite entre 1929 et 1932, sur les 27 500 m² des anciens terrains du dépôt de tramways dont nous avions déjà parlé, entre l’avenue des Moulineaux et la Seine, à côté du cimetière. Sa construction a été décidée par l’Office public des Habitations à Bon Marché (HBM) du département de la Seine (l’ancêtre des HLM). La municipalité lui a permis d’acquérir le terrain à des conditions très avantageuses. L’ensemble est l’œuvre du cabinet d’architectes Bassompierre, de Rutte et Sirvin, cabinet primé en 1920 pour leur projet de « Cité-Jardin du Grand Paris« . A l’époque, on les appelait simplement les « HBM ».

Le square des Moulineaux est situé du côté de l’avenue Pierre Grenier alors que le square de l’Avre est du côté quai. Le choix du nom « Square de l’Avre » est assez étrange. L’Avre est une rivière de l’Eure dont on a capté l’eau pour alimenter Paris, une passerelle-aqueduc au nord de Boulogne en porte d’ailleurs le nom. Pas grand chose à voir avec Billancourt.

A l’ouverture des locations, en 1931, les 973 logements offrent un luxe extraordinaire pour l’époque : Une ou plusieurs chambres séparées du salon, les familles ne dormiront plus dans la même pièce. On trouve une salle d’eau, on n’a plus à utiliser l’évier pour se laver, et surtout des toilettes individuelles, finis les WC collectifs ! Ils disposent d’un bac à laver servant de douche et alimenté en eau chaude ainsi que des meubles encastrés dans la cuisine.

Pierre Damiro avait 12 ans lorsqu’il est arrivé là avec ses parents:

« C’est un extraordinaire bonheur pour tous les enfants d’arriver dans un tel logement. Je me suis mis à courir autour de la salle à manger parce qu’il y avait de la place… On est entré dans un logement où il y avait plusieurs fenêtres, de la lumière et de la place pour bouger; et je pense aussi à ma maman qui faisait tout le travail à la maison et qui avait maintenant de l’eau chaude, un bac pour laver le linge un endroit pour la cuisinière. » (Pierre Damiro 1998)

Sur la Seine, la cité, avec ses nombreux balcons, s’ouvrait sur la nature, selon les vœux de Morizet : « De l’air, du soleil ».

Côté rue, l’accès se faisait via de larges larges porches voûtés. Il y avait des commerces au bas de l’immeuble, un médecin, un pharmacien et un dentiste

« La cité grouillait d’enfants, il n’y avait rien dehors que des usines, alors toute la vie se concentrait à l’intérieur. C’était comme un grand village, chaleureux et très convivial. On se baignait dans la Seine, on organisait des fêtes avec courses en sac, chasses au trésor, relais… Nous n’avons jamais souffert d’enfermement » (Pierre Damiro).

« C’est lorsque les voitures ont commencé à se garer que nous avons ressenti une impression d’enfermement » (Pierre Damiro).

En 1992, devant le manque d’espace et l’obsolescence des locaux, une rénovation d’ampleur est entreprise :

Squares de l'Avre et des Moulineaux- Archives de BBSquares de l'Avre et des Moulineaux en 2013
1933 – 2013 On supprime les bâtiments centraux pour ajouter de la verdure et laisser entrer davantage de lumière. Un attique métallique rehausse les anciens bâtiments, à l’image des toitures en zinc parisiennes.

780 logements sont remodelés. 286 logements y sont construits, compensant les 150 démolis. Des parkings souterrains permettent enfin de supprimer les voitures en surface.

Aujourd’hui, 90 ans après, les squares de l’Avre et des Moulineaux suscitent-ils autant d’émerveillement dans les yeux des enfants ?

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