Hippolyte Blancard, notre pharmacien photographe

Fidèles lecteurs du « village », la photographie ci dessous vous est certainement familière. Elle introduisait notre article sur l’abbé Gentil, souvenez-vous (vous pouvez l’y voir en grand format avec toute une richesse de détails). Elle a été réalisée en 1871 par Hippolyte Blancard, pharmacien de son état.

Elle est, pour nous, la première photo connue de Billancourt.

Et quelle photo ! On y reconnait Billancourt, meurtri après les bombardements, au pont de Sèvres. Celui-ci avait été coupé par l’armée française mais un pont de bateaux, à gauche, permet de traverser la Seine. On y voit également l’Hôtel du Parlementaire, éventré, à l’extrémité du pont.

Hippolyte Blancard (1843-1924) est un cas à part dans cette « épopée » des premiers photographes, celle d’avant l’industrialisation. La pratique de la photographie n’est pas alors à la portée du premier venu, car sa difficulté d’exécution et son coût de revient en font une affaire de professionnels. Alors pour un amateur, pharmacien de surcroit !

Pourtant, le paradoxe n’est qu’apparent, car qui mieux qu’un pharmacien est en mesure de se procurer les produits chimiques nécessaires ? De plus, Blancard dispose des moyens financiers qui lui permettent de s’adonner à sa passion. En effet, ayant repris l’officine de son père, au 40 rue Bonaparte à Paris, il commercialise les « pilules de Blancard » à base d’iodure de fer, qui font la prospérité de la famille.

Mais revenons à notre sujet, la photographie.

Il faut bien du courage car, l’agrandisseur moderne n’existant pas, le tirage d’une épreuve positive se fait par contact : elle est de la même taille que son négatif. Le seul moyen d’obtenir un tirage de grande dimension est d’augmenter la taille du négatif sur verre, et par conséquent la taille de l’appareil photographique, construit en bois, lourd et encombrant.

Le procédé le plus performant du moment, dit au « collodion humide », oblige à :

  • étaler le collodion, manuellement sur une plaque de verre,
  • placer cette plaque de verre encore humide, d’où le nom du procédé, dans l’appareil photo,
  • exposer le sujet,
  • développer la plaque avant que le collodion ne soit sec.

Tout ceci impose d’avoir un laboratoire à proximité. Imaginez l’expédition que doit être la prise de vue en extérieur.

Heureusement, notre homme est à la pointe de la technique : il utilise une variante du procédé, le collodion sec, donnant la même finesse d’image avec l’avantage de l’autonomie puisqu’il n’est pas nécessaire de se déplacer avec un laboratoire. L’inconvénient est un temps de pose plus long, de l’ordre de 30 secondes par temps clair.

Ce qui rend originale la démarche d’Hippolyte Blancard est la liberté dont il dispose : non tenu par un résultat, il photographie « comme il aime ». Il est un amateur au sens propre du terme, mène son aventure personnelle, montre ce que les photographes professionnels négligent : la vie des gens, fixés dans des poses naturelles malgré la contrainte du temps d’exposition.

Ces photographies font partie d’une série remarquable de négatifs sur le siège de Paris et la « Commune », déposés à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris. C’est un fond exceptionnel, tant par son ampleur (tous les lieux de batailles), sa qualité technique, que l’originalité de son approche. Il a donné lieu à une exposition et un livre « Regard d’un parisien sur la Commune ».
Hippolyte Blancard ne sera pas seulement le témoin attentionné de  » l’Année Terrible  » : sa passion pour la photographie ne le quittera jamais, au gré des extraordinaires avancées techniques dont il saura tirer le meilleur parti. Ses vues de Paris à la fin du siècle sont impressionnantes d’intensité.
Résident à Meudon, on lui doit aussi d’avoir fixé le quotidien d’une commune encore campagnarde. Au détour de ses vues, Billancourt apparait au loin, trop rarement malheureusement.

Cet article est aussi un hommage à tous ces pionniers qui nous rendent tellement sensible un monde disparu. Et puis, les progrès conjoints des techniques de la photographie et de l’imprimerie vont, dès 1900, permettre une diffusion considérable d’images de lieux et d’évènements du monde entier grâce à la carte postale, pour notre plus grand plaisir de chercheurs, de collectionneurs et de lecteurs.

Un grand merci Monsieur Blancard !

Deux sites en ligne pour apprécier son œuvre :

Bilbliothèques patrimoniales

Les musées de la Ville de Paris

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