Charte de 1150 : la plus ancienne trace de Billancourt.

C’est un document exceptionnel que nous vous présentons aujourd’hui ! Voilà des mois que le Village de Billancourt veut mettre la main dessus. Il est conservé aux Archives Nationales sous la cote K 23 – 1517, dans ce qu’on appelle les « cartons des rois« . Nous avons fait une demande de copie il y a quelque temps, via le service des archives municipales (un grand merci en passant). Et le voici enfin !

C’est le document le plus ancien qui mentionne Billancourt et sa ferme. En 1150, la boucle de la Seine n’est quasiment pas peuplée. Au nord, Boulogne est un petit hameau de bûcherons. Il ne s’appelle pas encore Boulogne et son église n’est pas encore bâtie. On peut lire dans ce document en latin, « Bullencurt, non loin de Paris, du côté de Saint-Cloud« .

Extrait charte de 1150 - Archives Nationales PARIS

Dans cette charte de 1150, le roi Louis VII donne son approbation à la donation par le chevalier Ansold de Chailly et sa femme Aveline, de la terre et de la grange (ferme) de Billancourt, à l’abbaye Saint-Victor de Paris. 

La charte nous donne une brève description de ce qu’était la ferme de Billancourt à l’époque : « un terrain d’environ une carruée, avec sa grange, et les quatre habitants payant une redevance fixe, et en outre six arpents de prés au même lieu« . La carruée est une ancienne unité de mesure désignant la surface exploitable par une seule charrue en un an. Bien difficile de faire une correspondance en hectares mais c’est bien moins que les 70 hectares qu’elle atteindra au XVIIIème siècle. L’abbaye s’attachera à acquérir tous les terrains alentour.

Abbaye Saint-Victor des Prés
Abbaye Saint-Victor des Prés, à Paris.

L’abbaye de Saint-Victor, fondée quarante ans auparavant, aura un rayonnement important sur Paris et les environs. Elle était située sur les terrains occupés aujourd’hui par l’université de Jussieu. Dirigée par un ordre de chanoines réguliers, elle sera propriétaire de la ferme de Billancourt jusqu’en 1772, soit 622 ans de propriété ininterrompue ! La congrégation sera dissoute à la révolution française et les bâtiments de l’abbaye seront rasés vingt ans plus tard, en 1811.

Quant au chevalier de Chailly, on sait peu de choses sur lui si ce n’est que son fils est justement chanoine à Saint-Victor.

Mariage de Louis VII et d’Aliénor d’Aquitaine. Chronique de France, BN Paris, archives DDA.

Deux mots du signataire de la charte : Couronné en 1132 à Reims, Louis VII, dit « le jeune », est le fils de Louis VI le gros. C’est un homme de foi sincère, soucieux de faire rayonner l’Eglise, mais sans grand caractère. Il épouse en 1137 Alinénor d’Aquitaine qui lui permet d’agrandir considérablement le domaine royal. Au moment où il signe cette charte, il revient de la deuxième croisade qui s’est soldée par un échec. Le mariage avec Aliénor sera annulé deux ans plus tard, pour cause de caractères inconciliables. Elle épousera Henri Plantagenet d’Anjou, futur Henri II, ce qui transfèrera l’Aquitaine à la couronne d’Angleterre, avec les conséquences que l’on sait. Louis VII décède en 1180, laissant le trône à son fils Philippe Auguste.

Le texte de la charte de 1150, d’une seule page, est rédigé sur parchemin et revêt le sceau royal. Voici la copie que nous a remise le service des Archives Nationales :

Charte de 1150 - AN
La Charte de 1150 – Archives Nationales K23 – 1517

L’historien Arthur-Louis Penel-Beaufin a eu la possibilité de consulter l’original au début du XXème siècle. Il en avait fait une traduction dans son « Histoire de Boulogne-Billancourt » (1904). La voici :

« Lugdovicus, Dei gratia, rex Francorum et dux aquitanorum, omnibus sancte ecclesie fidelibus, tam posteris quam presentibus, in perpetuum. Ad regiam spectat excellentiam ecclesiarum amplificationi libenter assensum praebere et earum possessiones ab omni injuria ac violentia defensare. Unde ad multorum noticiam volumus pervenire quod Ansoldus, miles de Chailli, et uxor ejus Avelina, ecclesie beati victoris, pro remedio animarum suarum, et tam pro se quam pro filio suo, in eâdem ecclesiâ canonico regulari facto, absolutè in perpetuum donaverint bullencurt, non longe à Parisius, versus Sanctum Clodoaldum, terram scilicet unius ferè carruce, cura granchiâ suâ, quam ibi habebant, et quatuor hospitibus integros redditus solventibus, necnon etiam sex arpennos pratorum ibidem, assensu ambarum filiarum suarum, que omnia de regio feodo possidebant. Quam donationem prefate ecclesie non solum concedimus, sed jure perpetuo libéré ac quietè possidendam confirmamus. Quod ne valeat in posterum aut oblivione deleri aut alicujus persone contradictione perturbari, sigili nostri auctoritate ac nominis Karactre roboramus. Actum Parisius publice, anno incarnati Verbi MCL, regni nostri XIlll°, astantibus in Palacio nostro quorum nomina subtitulata sunt et signa…. »

« Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et duc d’Aquitaine, à tous les fidèles de la sainte Eglise, tant futurs que présents, à perpétuité. Il appartient à la majesté royale de consentir volontiers à l’accroissement des églises et de défendre leurs biens contre toute injustice et toute violence. C’est pourquoi nous voulons faire parvenir à la connaissance de tous qu’Ansold, chevalier de Chailly, et sa femme Aveline, pour le salut de leurs âmes, et tant pour eux que pour leur fils, devenu chanoine régulier de la même église, ont donné à perpétuité, entièrement, à l’église du Bienheureux Victor, Bullencourt, non loin de Paris, du côté de St-Cloud, c’est-à-dire un terrain d’environ une carruée, avec sa grange, qu’ils y possédaient, et les quatre habitants payant une redevance fixe, et en outre six arpents de prés au même lieu, du consentement de leurs deux filles, qui les avaient à titre de fief royal. Non seulement nous concédons cette donation à ladite église, mais encore nous décidons qu’elle la possédera librement et tranquillement de droit perpétuel. Afin que les présentes ne puissent tomber en oubli dans l’avenir ou être contredites par quelqu’un, nous les avons revêtues de l’autorité de notre sceau et de la marque de notre nom. Fait publiquement à Paris, dans notre palais, l’an 1150 de l’Incarnation du Verbe, le XIVe de notre règne, en présence de ceux dont les noms, les titres et les signatures se trouvent ci-après….

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s