Atmosphère, atmosphère…on tourne à Billancourt !

Le cinéma a été au cœur de la vie de Boulogne-Billancourt. Il l’est encore aujourd’hui, avec les studios de Boulogne, proches de la place Rhin et Danube.

Mais connaissiez-vous les studios de Billancourt qui les ont précédés ? Hôtel du Nord de Marcel Carné, Napoléon d’Abel Gance ou La Grande Illusion de Jean Renoir sont sortis de ces studios. Pour n’en citer que trois.

Les studios de Billancourt étaient situés au 49, quai du Point-du-Jour, à l’emplacement actuel des immeubles Canal+, à côté du cimetière de Billancourt. Créés en 1922 par le réalisateur Henri Diamant-Berger, ces studios ont succédé à une ancienne usine de carlingues d’avions. Doté d’un restaurant, d’une centrale électrique puissante de 1300 Kw pour alimenter des projecteurs à arc, ils étaient le summum de la modernité.

En 1933, un incendie est l’occasion de les agrandir. Les studios deviennent les plus avancés d’Europe. Ils tirent le meilleur parti possible de la surface disponible (7 500 m²) presque entièrement couverte de bâtiments.

De leurs 5 plateaux de prise de vue, le A présente une hauteur sous plafond de 12 mètres pour une surface au sol de 500 m2. Chacun d’entre eux est parfaitement isolé des bruits extérieurs et dispose de sa propre installation électrique et sonore. Trois d’entre eux possèdent une piscine de 10 mètres sur 6, sous un plancher rapidement amovible.

Dans les plafonds, des passerelles et des ponts roulants facilitent la mise en place des éclairages ainsi que des décors et accessoires.  

Les studios sont également équipés d’une grue d’une levée de 7 mètres et d’un ascenseur de prise de vue de 12 mètres

Des locaux techniques, administratifs, et de la production, des loges d’artistes, des salles de projection et de montage, une centrale électrique, une cantine ainsi qu’un auditorium pour l’enregistrement de la musique, pour le mixage et les doublages complètent le tout.

C’est avec un tel déploiement de moyens techniques et de savoir-faire que l’industrie du cinéma fut à juste titre nommée « usine à rêves ». Voici une vue d’ensemble d’un quartier de Paris, prise le long du canal Saint-Martin, extraite du film de Marcel Carné, Hôtel du Nord, sorti en 1938.

Ce film est resté célèbre grâce à Arletty répondant à Louis Jouvet  » Atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? « .

Croyez-vous que cette vue ait été prise sur place ? Non, c’est à Billancourt que ce décor spectaculaire, signé par Alexandre Trauner, a été entièrement recréé sur le terrain des extérieurs. Ou presque tout. Une preuve ? Voyez-vous les deux immeubles signalés par des flèches à l’arrière plan ? Plutôt que de les masquer, Trauner les a intégrés dans son décor. Ils existent encore aujourd’hui, au carrefour de l’avenue Pierre Grenier et du boulevard de la République. Etonnant, non ?

Durant la guerre, Christian-Jacques et Henri-Georges Clouzot y tournent leurs chefs d’œuvre. Après la guerre, c’est vers les studios de Boulogne, créés en 1941 rue de Silly, que vont se tourner les plus grandes productions.

A la fin des années 50, les studios de Billancourt comptent tout de même 6 plateaux de tournage, 1 auditorium d’enregistrement et de mixage, 5 salles de montage, 1 salle de projection. Truffaut y tournera Baisers Volés et Claude Chabrol Landru. James Bond y pourchassera les méchants dans la base spatiale de Moonraker, en 1979.

Et l’on pourra voir Tintin, alias Jean-Pierre Talbot, se promener tranquillement devant les studios, avec Milou et Hergé, sur notre quai du Point du Jour, durant le tournage des intérieurs de Tintin et le mystère de la Toison d’Or en 1961 !

Mais on tourne de plus en plus en lumière naturelle et le recours aux studios diminue. Les studios de Billancourt se spécialisent dans la post-production. En 1985 on ne trouve plus que 2 plateaux de tournage contre 6 auditoriums, et 50 salles de montage ! Ils s’ouvrent à la télévision et voient le tournage d’émissions populaires comme MaguyLa Chasse au trésor ou Le Jeu de la Vérité.

Fermés en 1992, ils sont ravagés en 1994 par un incendie. Décidemment, l’air de Billancourt est bien inflammable ! Canal+ y a bâti ces étranges immeubles sur pilotis, œuvre de Christian de Portzamparc. On reste dans le cinéma.

Et la légende se perpétue à travers la belle exposition consacrée par la ville de Boulogne-Billancourt à Jean Gabin, du 09 mars au 10 juillet 2022, à l’espace Landowski.

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