L’église qui ne vit jamais le jour

C’est une belle découverte ! En parcourant,  à la mairie, des archives sur l’ancienne église de l’Immaculée Conception, nous tombons sur une perle inédite : le projet d’une nouvelle église à Billancourt. Ce dessin, jamais publié à notre connaissance, figure en couverture d’un bulletin paroissial de 1903. Cette église aurait bien pu dominer, encore aujourd’hui, la place Bir Hakeim, à la place du Monop’.

L’historien de Boulogne-Billancourt, Penel-Beaufin, l’avait évoquée dans son ouvrage de référence, en 1905, faisons un petit retour en arrière. La première église de Billancourt fut fondée en 1834 par Casimir de Gourcuff et offerte à la municipalité d’alors (Auteuil), dans le but d’attirer des acheteurs pour son nouveau Village de Billancourt. L’église était d’abord une simple chapelle, n’oublions pas que la plaine de Billancourt était essentiellement rurale. Elle fut agrandie et la paroisse de Billancourt fut créée en 1859.

Déjà à l’étroit

À la fin du XIXe siècle, la population s’accroit et l’église est à nouveau trop petite.

Le conseil de fabrique (conseil paroissial) en décide l’agrandissement. Constatant, tout d’abord, que la parcelle est trop étroite, coincée entre la place et le terrain des sœurs de Sainte-Marie (école Sainte Elisabeth), il demande au conseil municipal une emprise de terrain sur la place d’une profondeur de 7 mètres, afin d’avancer la façade et de « favoriser le projet de construction d’une église plus digne de la localité à la place de la chapelle actuelle, si exiguë, si incommode ».

Malgré l’appui d’une pétition de plus de 1.000 signatures, la demande au conseil municipal reste lettre morte : refusant d’amputer la place, le conseil ajourne la question sine die. On ne cherche pas un autre emplacement, considérant que la situation sur la place est centrale (pour l’époque).

Agrandissement ou reconstruction ?

Le 8 décembre 1901, le conseil de fabrique autorise un architecte du nom de Pradelle à établir un devis. Il ne nous faut pas longtemps pour retrouver ce Pradelle. Habitant au 9bis rue de Meudon, Annet Georges Alexandre Pradelle (1865-1934) est diplômé des Beaux-Arts en 1893. C’est donc quasiment un voisin. Il présente deux projets. Le premier, en 1902, est un simple projet d’agrandissement pour un prix de 50.000 à 60.000 francs.

Le second projet, proposé en janvier 1903, plus ambitieux, est une vraie reconstruction, pour 75.000 francs. Il proposerait à Billancourt un « superbe monument ». C’est ce projet que nous avons retrouvé aux archives municipales, publié en première page du bulletin paroissial en 1903 .

Attardons-nous un instant sur cette église. En termes d’architecture, l’édifice est de style très classique. Le fronton disparait pour laisser place à une façade rehaussée et des lignes verticales. L’église y gagne un vrai clocher, orné de gargouilles, de clochetons, et d’arcades. La nef est plus que doublée en hauteur et éclairée par de grandes ouvertures. Pradelle propose également un vaste transept. Bref, le projet offre une vraie amélioration en matière d’espace et d’aspect. Avec cette église, le curé de Billancourt, l’abbé Charon, et ses paroissiens, n’auront plus à rougir de leur situation.

On comprend pourquoi le conseil de fabrique est favorable à cette option. Le 12 juillet 1903, il adopte le principe de la reconstruction.

Malheureusement, la paroisse n’est pas bien riche.

C’est une période très anticléricale en France et notamment en région parisienne. Les classes populaires se détournent de la religion. Dans un article de 1891, l’historien Hyppolyte Taine, mentionnant Billancourt, écrit qu’il n’y a guère que 500 pratiquants sur les 10 000 habitants (5%), en dépit de l’observance mécanique des sacrements. Les fonds ne pouvant être réunis, le projet de nouvelle église reste dans les tiroirs.

On doit se contenter d’un petit agrandissement. Cet agrandissement, essentiellement vers le chœur, ne change pas notablement la physionomie de l’église. Tout au plus, constate-t-on, sur les photos, que la façade est ornée de motifs crénelés et qu’elle est surmontée d’une croix.

Eglise après agrandissement
Avant – après agrandissement (faites glisser le curseur)

La nouvelle église de Pradelle serait-elle encore là aujourd’hui ?

On se souvient que l’ancienne église subit le bombardement allié du 3 mars  1942. Etant faite de matériaux fragiles, le bas-côté droit fut facilement détruit.

On peut penser qu’une église neuve, aux murs et aux fondations plus solides aurait pu résister à cette déflagration. 

En tout état de cause, se serait posée, tôt ou tard, la question de sa capacité. Elle aurait été incapable à elle seule, aujourd’hui, d’accueillir tous les paroissiens de Billancourt, ce que peut réaliser l’église moderne de l’Immaculée Conception, rue du Dôme, la plus grande église des Hauts-de-Seine.

Et si Billancourt avait eu deux églises ?

Quant à Georges Pradelle, il se consolera en participant, dans les années 20, à la création de la cathédrale de Nanterre et du carmel de Montmartre.

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