L’Hôtel du Parlementaire

Cet hôtel de trois étages était situé à l’entrée du Pont de Sèvres. On le voit clairement dès 1821, l’année de l’ouverture du pont, sur ce tableau de Dunouy. Les deux édifices ont probablement la même année de construction.

Hyacinthe Dunouy-Depuis le parc de St-Cloud-1821 – Musée d’art et d’histoire de la ville de Meudon

Il doit sa notoriété à un épisode de la guerre franco-prussienne de 1870.

1er septembre 1870 : après la capitulation de Sedan où Napoléon III est fait prisonnier, les troupes prussiennes convergent vers la capitale. Un « Gouvernement de Défense Nationale » est formé après la déchéance du Second Empire prononcée par le législatif. En janvier 1871, alors que la contre-offensive de Buzenval échoue, la situation de Paris assiégée est désespérée. Le pont de Sèvres est détruit par l’armée française pour bloquer l’avancée de l’ennemi. Les canons prussiens bombardent Paris depuis Sèvres et Saint-Cloud. Billancourt, pris sous le feu croisé, se vide de ses habitants. L’abbé Gentil prend les plus indigents sous son aile et part les mettre à l’abri dans la Sarthe.

L’hôtel baptisé « À la Ville de Paris », propriété d’un certain M. Comte, est touché par des obus et un angle est effondré sur toute sa hauteur. C’est dans cet hôtel, que, selon Penel-Beaufin, se seraient rencontrés, en janvier 1871, Bismark et Thiers pour négocier des préliminaires de paix et faire cesser les bombardements. Il semble plus vraisemblable, qu’il ait été le lieu où stationnaient les officiers et parlementaires français en route vers Versailles, siège de l’état-major ennemi.

Parmi eux, Jules Favre, ministre des affaires étrangères du nouveau « Gouvernement de Défense Nationale », et Adolphe Thiers, traversent la Seine à plusieurs reprises pour négocier à Versailles avec Bismarck.

Lors de ces allers-retours, il y a quelques incidents. Français et prussiens s’accusent mutuellement de tirer sur les parlementaires malgré le déploiement de drapeaux blancs.

L’armistice est finalement signé à Versailles le 23 janvier 1871 et la paix sera effective le 10 mai, au traité de Francfort. La guerre franco-prussienne aura entraîné la chute du Second Empire, l’épisode sanglant de la Commune de Paris, la perte de l’Alsace-Lorraine et l’avènement de la Troisième République.

Sur le plan large, ci-dessous, pris peu de temps après par Hippolyte Blancard, on note, au premier plan, le pavillon de Breteuil, ancien quartier général des prussiens. L’hôtel éventré est visible au-delà de la Seine, au milieu d’un Billancourt meurtri. A droite, on remarque le pont de Sèvres coupé et, à gauche, un pont de bateaux permettant de traverser la Seine, en attendant les réparations.

L’hôtel « A la Ville de Paris », est rénové. Il a gagné un nouveau nom, « l’hôtel du Parlementaire », et une belle histoire à raconter… histoire ou légende ? On peut se poser la question. Sur certaines cartes postales anciennes éditées par son patron on peut lire: « Dans cet hôtel a été signé l’armistice qui cessa les hostilités« . Rien que ça.

Que ne ferait-on pas pour appâter le chaland ?!

Dans les arts

Idéalement placé dans l’axe du pont de Sèvres, l’hôtel n’ a pas échappé à l’œil des peintres de la Seine comme Alfred Sisley en 1877 (en haut) ou Raoul Arus en 1871 (en bas) qui n’ont pas manqué le pittoresque de la vue.

L’hôtel succombe aux bombardements de la seconde guerre mondiale

Au début du XXe siècle, le propriétaire s’appelle Louis Houin. L’hôtel du Parlementaire est au numéro 212 de la route Route de Versailles et fait également café et restaurant. Il propose des tables ombragées appelées « bosquets », à l’abri des regards, très populaires à l’époque.

Avec l’industrialisation de Billancourt, il est vite entouré d’usines. Ses voisins sont l’avionneur Farman, le fabricant automobile Buchet, au nord, ou le carrossier Kellner, de l’autre côté de l’avenue, puis Renault, avant la second guerre mondiale. C’est l’une des rares propriétés du quartier à avoir échappé à l’appétit de Louis Renault.

En 1926 le patron s’appelle Jean Fontanier, marchand de vins, et le cuisinier Maurice Maugin. L’hôtel est maintenant au 230 avenue Edouard Vaillant (l’avenue n’est pas encore rebaptisée du nom du général Leclerc). On y compte pas moins de 65 résidents, parmi lesquels des mécaniciens, ajusteurs, tréfileurs, tourneurs et leurs familles. En parcourant le registre de recensement (extrait ci-dessous) on compte un très grand nombre de russes, mais aussi quelques hongrois, espagnols, chinois, roumains ou italiens.

Le 3 mars 1942, 235 bombardiers de la Royal Air Force Bomber Command décollent d’Angleterre. Leur objectif est la destruction de l’usine Renault de Billancourt, alors au service de l’Allemagne. L’attaque se déroule entre 21h et 23h, les bombardiers déversent 461 tonnes de bombes à basse altitude. Parmi les bâtiments détruits figure l’hôtel du Parlementaire. Avec 120 ans d’existence, il était un des plus anciens édifices de Billancourt. Il ne sera jamais reconstruit. Un atelier industriel (un de plus) prendra sa place.

Finalement, ce que nos ennemis n’ont pas réussi à détruire, nos alliés y sont parvenus.

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