Elles sont tombées dans l’oubli. Le Village de Billancourt les en a fait sortir.
Issues de la volonté du comte de Gourcuff de proposer un lieu de villégiature aux parisiens aisés, de belles villas se sont progressivement installées sur Billancourt dans le courant du XIXe siècle. Nous sommes partis à leur recherche depuis 2021.
Les historiens Penel-Beaufin et Couratier en avaient déjà mentionné certaines en 1905 et 1960 sous le nom de « Villa Bottin », « Villa de la Feuillée », « Villa Caprice », « Maison du Prince Polonais » ou « Villa Casteja ». Mais leurs informations se cantonnaient souvent à une simple adresse.
Nous avons parcouru les archives nationales, départementales et municipales. Nous avons patiemment scruté les photos aériennes à la recherche de grandes propriétés. Nous avons déniché des photos sur les sites de vente de cartes postales anciennes, aux archives ou chez Renault Histoire. Et, avec un peu de chance (parfois beaucoup) la patience a payé.
À notre grande surprise, bien d’autre propriétés, plus belles encore, existaient dans le village de Billancourt, à la fin du XIXe siècle.
Nous avons baptisé celles qui n’avaient pas de nom, du nom de leur propriétaire, faute de mieux: « villa Fountaine« , « Villa Aussilous« , « Maison de Tavernier« , « Villa Nousillet-Clinch« . Certaines sont l’œuvre d’architectes de renom comme Hector Guimard, le célèbre concepteur des entrées du métro parisien, qui a signé la « Villa Toucy« .

Nous les avons identifiées et localisées, une par une. Nous avons trouvé des photographies pour presque toutes. Pour les autres, disparues trop tôt, nous n’avons rien, comme la propriété de lady Hunloke, celle du préfet Boitelle ou l’ancienne ferme de Billancourt.
La plupart sont blotties au milieu d’un grand parc. Les plus grandes propriétés s’étendent jusqu’à trois hectares. Elles ont des dépendances : orangerie, écurie, serres, potager ou pavillon de gardien et du personnel qu’on loge parfois dans ces dépendances. Il faut s’imaginer que Billancourt compte à peine 1500 habitants en 1860. De plus, le quartier est protégé par des clauses interdisant l’installation d’industries « malpropres, bruyantes ou insalubres ». On s’y rend en fin de semaine, pour fuir le vacarme de la capitale. On y reçoit ses amis




Des visages et des familles
Le cadastre et les actes d’acquisition de Renault nous donnent le nom de leurs propriétaires. On y trouve un prince, un marquis, un comte et de riches bourgeois. Ils sont maires, artistes, hommes politiques ou préfets de police. On trouve aussi des avocats, joailliers, architectes, banquiers, grands commerçants ou capitaines d’industrie. Certains résident à Billancourt à l’année et sont conseillers municipaux ou paroissiaux ou présidents d’associations de bienfaisance, comme les Tavernier. Les autres n’y résident qu’aux beaux jours en famille pour fuir le vacarme parisien, comme Alfred Renault, père de Louis. Certains sont issus de l’aristocratie anglaise ou polonaise. Se fréquentent-ils ? Oui pour certains.









Nous avons contacté les descendants à chaque fois que nous le pouvions. Ils nous ont parfois apporté leurs photos et archives.
La plupart des villas ont été rachetées au début du XXe siècle par Renault et rapidement rasées. D’autres, utilisées pour abriter le cercle des agents de maîtrise de la société Renault, ont eu un sursis. Les bombardements alliés ont achevé les survivantes. Il ne reste rien des bâtiments* mais, en nous rendant sur place, nous avons eu la surprise de trouver des vestiges inattendus.
Un grand travail de recherche généalogique
Après ce gros travail, il reste encore beaucoup de questions sans réponse. L’historien doit trouver le renfort du généalogiste. Qui étaient ces familles ? D’où venaient-elles ? Qu’y faisaient-elles ? Qui étaient leurs domestiques, leurs cuisiniers ou jardiniers ? Y avait-il des locataires ? Que sont-ils devenus ?
C’est ainsi que, en 2022, nait un projet conjoint avec le cercle Généalogique de Boulogne Billancourt : répondre à toutes ces questions, et bien plus encore. C’est un travail de recherche immense qui a été entrepris. Cette étude rigoureuse a permis d’identifier plus de 700 noms de personnes de toutes origines et de toutes conditions. Ce sont les noms de ceux qui ont fait le Billancourt d’avant Renault.
Le fruit de ces recherches sera présenté le 11 octobre, à l’occasion de la commémoration des 200 ans de l’acquisition du domaine de Billancourt par le Comte de Gourcuff. Plus de détails la semaine prochaine.
Les villas disparues de Billancourt:
Les villas disparues de Billancourt

Photo d’en-tête : en haut, de gauche à droite : Maison du prince polonais Sapieha, villa de l’entrepreneur Claude Rozier et villa de l’architecte Eugène Nouzillet-Clinch. Au centre : maison de l’industriel Edouard de Tavernier. En bas, de gauche à droite: villa du joailler Thomas Taylor Fountaine, villa de l’avocat Bruno Aussillous et maison de l’industriel Jules Bican.
* Il reste un seul témoin de cette époque aujourd’hui, la villa de la rue de Solférino, à laquelle nous avions consacré un article.





















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