La rue que personne ne connait

Connaissez-vous la rue des Essais, à Billancourt ? Inutile de chercher sur Google Maps, elle n’existe plus. En fait elle n’a jamais figuré sur aucun plan de la ville. Même l’historien Couratier, auteur d’un ouvrage sur les rues de Boulogne-Billancourt en 1962, n’en parle pas.

Longue de plus de 200 mètres, la rue des Essais commençait au 14 de la rue de Meudon, pour déboucher au 29 de la rue Yves Kermen (le collège Jean Renoir) en traversant la rue Nationale. Non, ce n’est pas la rue Traversière.

Cette rue privée est créée au début des années 1920 de toutes pièces par Louis Renault au beau milieu d’un quartier alors résidentiel. Elle permet de faire le lien entre le trapèze, déjà très industrialisé, et le nouveau centre d’essais sur route installé à l’angle des rues Heinrich et Yves Kermen. L’idée est d’éviter de faire passer les automobiles par la voirie publique et notamment, par la place Nationale (Jules Guesde).

Pour tracer cette rue, Louis Renault acquiert trois propriétés soigneusement choisies : Celle de monsieur Moreau tout d’abord, au 14 de la rue de Meudon, en mai 1919. Il achète ensuite, le 7 mai 1920, les 6 000 m² de l’ancienne propriété de Toussain Damiens*, rue de Saint Cloud (Yves Kermen) puis, dès le lendemain, celle de monsieur Teissedre, au 17 rue Nationale. La rapidité avec laquelle les acquisitions s’enchaînent est probablement voulue pour éviter les réactions. Au milieu les jardins, il trace cette surprenante rue étroite en terre et bordée de palissades qui slalome entre les villas. La rue des Essais est née.

Quand on sait à quel point l’usine Renault s’est développée à l’issue de la Grande Guerre, on imagine l’exaspération des riverains qui voient des voitures défiler sans arrêt au beau milieu de ce qui était un pâté de maisons calme ! Ils sont vite consolés lorsqu’ils voient des émissaires de Louis Renault leur porter une proposition de rachat de leur propriété assortie d’un gros chèque. Au fil des années, les abords de la rue des essais se couvrent d’ateliers.

Elle subsistera jusqu’en 1976, ce n’est pas si loin, où la partie ouest sera supprimée. L’autre moitié disparaîtra lors de la construction du collège Jean Renoir (1999). Il n’en reste plus aucune trace aujourd’hui.

Une autre piste d’essais verra le jour sur l’ile Seguin en 1935, dans les sous-sols de la pointe amont de l’île. Elle permettra au constructeur de tester ses modèles de voiture de tourisme jusqu’en 1992.


* Huissier de justice, Toussain Damiens a donné son nom à la rue Damiens. Sur sa propriété s’est installé aujourd’hui le collège Jean Renoir.

3 Replies to “La rue que personne ne connait”

  1. Bonjour Ayant travaillé chez Renault dans les années 60 je me souviens de cette rue privée que nous empruntions pour intervenir dans l’îlot Z qui comprenait sur la gauche en venant du Trapèze la boulonnerie aussi appelée la frappe qui fabriquait toute la visserie des véhicules et sur la droite la ouate ou d’antiques cardeuses préparaient le rembourage des sièges.

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  2. bonsoir

    sur une des photos il y a un mur en ciment à motifs carrés que je crois voir sur de nombreuses photos de voiture neuves ou même plutôt camions qui posent en présentation de nouveauté. Je me trompe ?

    cordialement

    lionel citrinot

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