La semaine dernière nous racontions l’histoire des villas d’Albert Caillon et Pierre Garnaud, ces deux belles maisons de style, situées entre le marché de Billancourt et l’ancienne patinoire, aux 7 et 9 rue Victor Griffuelhes. À l’occasion de nos recherches nous avons découvert que ces villas sont inscrites à l’inventaire du patrimoine architectural au Ministère de la Culture (dite base « Mérimée »), sous la référence IA00119951. Sa notice nous apprend qu’elles sont l’œuvre de l’architecte Joseph Bourniquel. En poursuivant notre enquête nous réalisons que Bourniquel a réalisé deux autres maisons dans le quartier du marché.



L’architecte Joseph Bourniquel ou la maison sur catalogue
À une époque où l’art nouveau s’est déjà installé dans l’architecture, Bourniquel propose un style qui a fleuri à la toute fin du XIXe siècle, appelé parfois « style régionaliste » ou « éclectique ». Il s’est fait une spécialité du style « cottage » un style qui a fait la renommée de la côte normande ou d’Enghien. Il s’appuie sur des ornements caractéristiques comme les larges toitures à forte pente, supportées par des fermes apparentes, des consoles, des colombages, des épis de faîtage ou des tourelles.

Joseph Fernand Bourniquel est né à Mazamet dans le Tarn en 1879. Il se forme à l’École des Arts Décoratifs entre 1899 et 1901 mais ne reçoit pas de diplôme. Il installe son cabinet, à Paris, au 52 boulevard Haussmann.
Son travail est admirablement résumé dans l’ouvrage qu’il dirige en 1918 : « Pour construire sa maison« , sous titré « recueil de constructions édifiées d’après ses plans et devis, sous la direction de M. Bourniquel, architecte-expert« . Le document est accessible sur Gallica. Il s’agit à la fois d’un manifeste et d’une sorte de catalogue, abondamment illustré de 300 belles planches. Dans son introduction, Bourniquel écrit : « Le lecteur trouvera, dans cet ouvrage , de nombreux types de maisonnettes, villas etc…qui sont, non pas de simples études, mais bien des plans qui ont tous été exécutés et réalisés par l’auteur même, signataire du présent ouvrage, dans les différentes régions de France« .



Il propose un offre standardisée, Il met en avant des matériaux peu coûteux, comme la « pierre reconstituée » et des éléments architecturaux réutilisables. Bourniquel peut ainsi proposer des tarifs intéressants sans sacrifier aux détails qui donnent à la maison son caractère. C’est peut-être pour cela qu’Albert Caillon, simple un ouvrier de chez Renault, a pu s’offrir une telle maison.
Il réalise une villa à Boulogne, au Parc des Princes (elle n’existe plus). Il en bâtit de nombreuses autres, en région parisienne, à Vincennes, Enghien ou Chateau-Thierry, mais aussi en province : Cabourg, Saint-Amand, Montluçon ou Maubeuge. Ses réalisations se comptent par dizaines.

![Pour construire sa Maison les grandes villas(2e_[...]Bourniquel_Grande Villa bois de Vincennes](https://levillagedebillancourt.fr/wp-content/uploads/2025/10/pour_construire_sa_maison_2e_.bourniquel_grande-villa-bois-de-vincennes-e1760883546888.jpeg?w=525)

Il propose des modèles de maisons d’artiste, des « maisonnettes » ou des maisons ouvrières standardisées, jusqu’à de grands hôtels particuliers et immeubles de rapport, qu’il fait bâtir en France ou à l’étranger. Il arrive à point nommé, à une époque où il faut reconstruire la France, après les ravages de la Grande Guerre.
Son ouvrage est réédité en 1921, donc avant la construction des maisons de la rue Victor Griffuelhes (1924).
Les autres réalisations de Bourniquel dans le quartier.
Etrangement, nous avons découvert deux autres réalisations de Bourniquel dans un rayon de 200 mètres autour du marché de Billancourt. Est-ce un hasard ? Probablement pas.

Pour admirer une autre de ses réalisations, Il suffit de contourner l’hôtel Bijou et s’arrêter devant le numéro 159 de la rue du vieux pont de Sèvres : C’est un immeuble de brique rouge sur un rez-de-chaussée de pierre blanche. D’un style moins marqué que les villas de la rue Victor Griffuelhes, on retrouve tout de même des éléments de style caractéristiques comme les toitures débordantes posées sur consoles. Le « site de l’architecture contemporaine »1 le qualifie de « Immeuble de rapport tendance rationaliste pittoresque ». Il nous donne également sa date de construction : 1924, soit la même année que les villas de la rue Griffuelhes. Leurs parcelles sont d’ailleurs contiguës. Comme les villas de la rue Griffuelhes, il est classé comme « bâtiment à caractère patrimonial » par la municipalité.


Cet immeuble est aujourd’hui en bien piteux état et sa façade mériterait un vigoureux ravalement. À part une cinquantaine de résidents identifiés dans les recensements des années 30, nous n’avons étrangement rien trouvé au cadastre, sur ses propriétaires originels .
Lors de nos recherches, nous sommes tombés sur autre réalisation, plus modeste mais tout aussi intéressante. Ce sont des maisons mitoyennes, un peu plus haut dans la rue, aux numéros 134 et 134bis, face à l’école maternelle. Si leurs dimensions sont réduites, on peut relever quelques éléments décoratifs remarquables: de larges bandes horizontales de briques vernissées en camaïeu de bleus, des motifs de grès flammé aux linteaux, et de petits motifs floraux en mosaïque sous les toitures.




Le 134bis, à gauche, date probablement de 1909. Bourniquel n’est alors qu’un jeune architecte de 30 ans. En 1912, c’est la propriété d’un adjudant : Jean-Baptiste Calmé. Il y vit avec son épouse Marie, sa fille Germaine et sa mère. La maison change de propriétaire en 1926 et accueille un chirurgien dentiste nommé Marcel Chollon.

La maison de droite (au n°134) est plus tardive. Elle semble n’apparaitre qu’en 1916, à la place d’un jardin, probablement commanditée par un certain monsieur Gagné. Elle est quasiment identique à sa voisine; seul un regard attentif permet de voir que les éléments décoratifs sont un peu plus simples. Nous n’avons pas réussi à savoir si Bourniquel en est l’architecte. Ces deux maisons ne sont pas inscrites au patrimoine national et ne figurent pas parmi les « bâtiments à caractère patrimonial » de la ville.
Nos recherches dans le reste de Boulogne-Billancourt n’ont rien donné. Les réalisations de Bourniquel sont bel et bien concentrées autour du marché de Billancourt. Pourquoi ? On peut penser que le bouche-à-oreille a fonctionné entre voisins.



Très intéressant !
Et j’avoue que les illustrations de son livre sont magnifiques !
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