Une nouvelle photo de l’abbé Gentil

C’est une découverte inattendue, comme on les aime, au Village de Billancourt.

Lors d’une recherche sur les sites de vente, nous tombons par bonheur sur un pépite : une photo inconnue du premier curé de Billancourt, l’abbé Joseph Gentil ! Même le service des archives ne la connaît pas.

Il est l’une des personnalités majeures du Billancourt du XIXe siècle. À son sujet l’historien Penel-Beaufin n’hésitait pas à écrire en 1905 : « Billancourt lui doit sa prospérité première ». Derrière ce visage peu engageant se cache un saint homme oublié par l’Histoire, une personnalité méconnue à laquelle je me suis personnellement attaché.

C’est une magnifique trouvaille car la seule photo que nous avions jusqu’à présent était de très mauvaise qualité : floue, pixelisée, les traits de son visage très abimés1. Notre nouvelle photo, bien que très pâle, est bien meilleure. Il nous a fallu la retravailler pour en faire ressortir le contraste d’origine.

C’est une photo albuminée au format carte de visite, un petit format courant à l’époque. Il s’agit bien de lui : au verso apparaissent son nom et son titre de chanoine (il est chanoine de Notre-Dame de Paris de 1878 à sa mort en 1880). La ressemblance avec la première photo et la tenue laissent peu de place au doute.

L’infatigable abbé Gentil

Qui était l’abbé Gentil ? Nous avions déjà parlé de lui, souvenez-vous. Joseph Gentil, d’abord vicaire à Boulogne, est nommé premier curé de Billancourt en 1860. Lorsque que cette paroisse est créée, elle ne sert que 1 800 habitants et tout est à faire.

En treize années, il transforme sa petite chapelle en une église pouvant accueillir 500 personnes. Il fonde plusieurs écoles, dont celles qui deviendront l’école des Glacières, rue de Clamart et l’école de la rue du Vieux Pont de Sèvres.

Il fonde un orphelinat pour jeunes filles (on ne sait pas où exactement). Il crée une association de charité qui distribue des provisions aux pauvres l’hiver : cartes de pain, viande, combustibles, vêtements, secours de loyers, frais d’études. Il fonde aussi une société de secours mutuel pour les femmes, une autre pour confectionner des vêtements pour les vieillards et enfants pauvres, une bibliothèque et d’autres œuvres encore qu’il serait trop long de citer ici. Il sait trouver les financements, toucher les cœurs des donateurs et convaincre la municipalité.

Mais il a aussi marqué l’histoire.

Les « émigrés de Billancourt »

Durant la guerre de 1870, alors que les prussiens foncent vers Paris pour l’assiéger, l’abbé envoie ses orphelines se mettre à l’abri à Chartres. Le siège est inévitable, Paris va bientôt fermer ses portes et Billancourt se vide de ses habitants. Une centaine de femmes pauvres n’a nulle part où aller, faute de ressources. Le curé les prend sous son aile et décide de les emmener se mettre à l’abri en province dans un village de la Sarthe. Commence alors ce qu’on appelle « l’émigration de Billancourt ».

Le maire adjoint de Boulogne lui rend cet hommage : « Vous rendez un service à la commune… Vous rendez service à la ville de Paris… si on avait fait en grand ce que vous faites personnellement en petit, il en serait résulté pour Paris un avantage considérable ! ».

Après quatre mois d’exil près du Mans, il ramène toutes ses réfugiées à Billancourt. 122 au départ, elles sont maintenant 123, après la naissance d’un bébé. Hélas, la Commune de Paris se révolte et notre ville est sous le feu croisé des protagonistes. L’abbé se démène pour ses ouailles. Lorsque les « Versaillais » entrent dans Paris pour mater la Commune, il suit l’ambulance, réconforte les blessés et donne l’extrême onction aux mourants des deux bords.

Il relate tous ces événements dans une « notice sur l’émigration paroissiale de Billancourt« , un opuscule d’une centaine de pages, constituée des lettres adressées à plusieurs de ses correspondants, au jour le jour. Nous avons en projet de rédiger un résumé de cette extraordinaire histoire2. Chaque page transpire la bonté, le dévouement total et l’énergie de l’homme de Dieu au service de ce qu’il appelle la « colonie ». Outre le portrait du religieux, cette « notice » est aussi un précieux témoignage des conditions de vie des civils durant la guerre de 1870.

Une fois la guerre terminée, son travail n’est pas achevé ; il écrit à l’un de ses correspondants : « Ne nous inquiétez plus sur notre sort, nous n’aurons plus d’autre ennemi que la misère ».

Entre 1860 et 1873 il aura durablement forgé Billancourt et ses habitants.

Post-scriptum : alors que nous terminions la rédaction de cet article, nous apprenions la mort soudaine, à 54 ans, d’un des successeurs de l’abbé Gentil, le père Marc Ketterer, décédé le jour de Noël 2024. En près de 9 ans (de 2012 à 2021) il a profondément marqué les paroisses de l’Immaculée Conception et de Sainte Thérèse, dont il avait la charge. Les deux hommes avaient la même énergie et le même zèle évangélique.


  1. Nous avions tenté une reconstruction via l’IA mais bien peu satisfaisante et sans garantie de ressemblance. ↩︎
  2. Nous apprenons au passage qu’un autre portrait de l’abbé avant 1870 existe. Où est-il ? ↩︎

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