Billancourt ou Menicuria?

On sait que Billancourt tire son nom d’une ferme monastique, aujourd’hui disparue, seule habitation de la boucle de la Seine durant des siècles. Mais peut-on dater l’origine de ce nom ? Et qu’est-ce que Menicuria vient faire là-dedans ?

La charte de 1150

La plus ancienne mention de « Billancourt » (ou plus exactement « Bullencourt ») remonte au XIIe siècle. Le mot apparaît pour la première fois dans une charte signée par Louis VII, datée de 1150 et conservée aux Archives Nationales. Par cette charte, le roi approuve la donation de la terre et de la ferme de Billancourt, par le chevalier Ansold de Chailly et sa femme, Aveline, à l’abbaye St-Victor de Paris, nouvellement fondée.

Dans ce précieux document, traduit du latin par l’historien Penel Beaufin, on peut lire :

« ….Le chevalier de Chailly, et  sa femme Aveline, ….ont donné à perpétuité, entièrement, à l’église du Bienheureux Victor, Bullencourt, non loin de Paris, du côté de St-Cloud, c’est-à-dire un terrain d’environ une  carruée, avec sa grange, qu’ils y possédaient… etc…« 

Voir notre article « La charte de 1150« , pour découvrir toute l’histoire de ce parchemin, de la donation, et des protagonistes.

Mais il ne nous dit pas grand chose de la signification de ce nom.

Une étymologie incertaine

L’historien Penel-Beaufin propose, en 1905, une étymologie de « Billancourt », dans son ouvrage de référence « Boulogne-Billancourt des origines jusqu’à nos jours » :

« Dans l’ancien français, court ou cort, voulaient dire Cour du roi, puis, par extension, cour, entourage, enclos (latin chors, cors, cour de ferme, basse-cour, ferme, enclos: ces mots devinrent curs, curtis, domaine, résidence rurale d’un seigneur, sa maison), Bullencourt, Bolencourt signifieraient domaine du coteau (allemand Bol, coteau, d’après M. H. Cocheris) et pourraient s’écrire Bolen curtis. On a dit encore que Bullencourt serait l’équivalent de Belcourt, Bel en Court (bel enclos), à cause de sa bonne situation sur la Seine, en face des îles avoisinantes ». Penel-Beaufin, 1905.

Mais tout le monde n’est pas d’accord : pour d’autres historiens « Bullancourt » pourrait bien être la ferme de « Bulan » ou « Boulan », un nom propre caractérisant un homme vif, ardent. Autre étymologie possible proposée par Lorédan-Larchey : « Bilan » pourrait désigner, au contraire, un homme d’une grande lenteur.

Bref, l’origine de la terminaison « court » est la seule chose qui soit quasiment certaine.

Lors de ses recherches, outre « Bullencourt », Penel-Beaufin, a listé pas moins de 19 autres orthographes1. Sa forme actuelle ne sera fixée qu’au milieu du XVIIIe siècle.

Menicuria ?

Au XIVe siècle, curieusement, un autre nom surgit : Menicuria2. Ce mot provient du latin « minor », petit, et « curia », bourg, partie de territoire. C’est l’époque de la construction de notre église Notre-Dame de Boulogne. Ce nom apparait sur une ordonnance d’Hugues II de Besançon, évêque de Paris, et datée de juillet 1330 qui délimite la toute nouvelle paroisse de Boulogne :

« ….La paroisse des Menus s’étendra depuis l’abbaye de Longchamp, inclusivement, jusqu’à la grange de Ménicuria qui appartient à l’abbaye de Saint Victor des Prés, exclusivement… »

Mais s’agit-il bien de Billancourt ? La question a intrigué les historiens. La localisation au sud des Menus (village d’origine de Boulogne) et l’appartenance à l’abbaye Saint-Victor laissent peu de place au doute. De plus, rien ne laisse à penser qu’il y aurait eu une deuxième ferme à cet endroit. Alors pourquoi ce deuxième nom ? Et pourquoi a-t-il disparu aussi vite qu’il est apparu ? Mystère.

S’il était resté, nous serions alors ménicuriens. Notre ville porterait le nom de « Boulogne-Menicuria », ou plus probablement francisé en « Boulogne-Ménicourt« .

1690 : Première apparition sur un plan

Alors que Saint-Cloud, Boulogne, Sèvres ou Issy sont depuis longtemps installés sur les cartes, la ferme de Billancourt, isolée dans la boucle de la Seine, est invisible. C’est en 1684, avec la construction du vieux Pont de Sèvres sur ordre de Louis XIV, que Billancourt sort de l’anonymat. Notre domaine apparaît pour la première fois en toutes lettres sur ce plan de 1690 des environs de Paris, réalisé par le cartographe Jouvin de Rochefort :

Le pont de Sèvres et la route qui y mène n’y figurent pas encore et la ferme n’est pas vraiment bien placée. Le magnifique plan de Roussel dessiné en 1731, beaucoup plus précis, adopte la même orthographe, sans le « t » final et avec un seul « l ».

Un deuxième Billancourt

Pour terminer, saviez-vous qu’il existe un deuxième Billancourt, en France ? C’est aujourd’hui un petit village de moins de 200 habitants dans le département de la Somme. Blotti au milieu des champs, on le trouve à mi-chemin entre Amiens et Saint-Quentin. Son étymologie est légèrement différente : « Boislancort » est relevé dès 1230. Apparaissent ensuite Builencort et Billiencourt. Ce village existait déjà à l’époque gallo-romaine et possède un joli château qu’on peut louer pour des événements.

L’homonymie est une simple coïncidence.


  1. « Bullencurt (1193), Bulleincort (1103), Bulencort (1231), Balancuria (1277), Bulencuria (1312), Boulencort (1260), Billencourt (1426), Bulancourt (1275, 1513), Boullancourt (1571) Blignancourt (plan de 1770), Billancour (1728), Belliancourt (1758), Billecourt (1530), Bilancourt (1717), Bolencourt, Bulcncourt, Boulencourt, Boulancourt ». ↩︎
  2. Ou encore : Minorcuria, Minorcura ↩︎

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