De nouvelles trouvailles sur l’abbé Gentil

Vous le savez, le Village s’attache à faire sortir de l’oubli celui qui fut ce héros discret de la guerre de 1870. Le premier curé de Billancourt1 a sauvé de l’offensive prussienne près de 150 femmes et enfants pauvres de notre ville. Nous avons récemment fait de belles trouvailles, il fallait que nous les partagions avec vous. Elles éclairent encore davantage notre connaissance du personnage.

Abbé Joseph Gentil chanoine2-optimisé
L’abbé en tenue de chanoine de Notre-Dame de Paris, photo dénichée en 2025 sur eBay, souvenez-vous. – Photo AMD

Une alerte du site eBay.

Il y a quelques jours nous recevions un email d’alerte du site eBay. Il nous informe de la mise en vente d’un ouvrage ancien intitulé « Abbé Gentil. La religion en tableaux. Catéchisme en images « . Est-ce notre homme ? Une photo de la page de titre mentionne : « abbé Gentil, prêtre du diocèse de Paris, curé de Billancourt« . C’est bien lui.

Après enquête, le livre est rare, il ne figure même pas au catalogue de la BnF2 ! Une recherche poussée  nous révèle juste une mention dans le catalogue de l’éditeur, Bouasse-Lebel3, . On y découvre son prix : 6 francs. L’éditeur le présente comme « un album précieux pour les catéchistes et les mères de famille« .

Le prix est raisonnable, nous faisons une offre, qui est vite acceptée.

Nous recevons l’exemplaire quelques jours plus tard. La reliure est modeste, il présente quelques traces de chocs et d’humidité. Le papier est jauni par le temps et sent bon le vieux livre. Il est épais, probablement pour être laissé entre les mains des enfants.

C’est un catéchisme comme on en faisait au XIXe siècle : Il présente une soixantaine de sujets : le credo, les 10 commandements, les 7 péchés capitaux, les sacrements. Mais ce qui attire l’œil c’est l’abondance des illustrations : une page sur deux porte une gravure illustrant le sujet de la page qui lui fait face. Le style est peu assuré, mais le trait a une belle finesse.

Curieusement on ne trouve aucune date d’édition, mais on peut l’estimer car l’ouvrage est mentionné en décembre 1864 dans des annonces publicitaires de plusieurs journaux4.

On ne sait pas si l’abbé est lui-même l’auteur des textes, la page de titre indique que l’ouvrage était sous sa direction. Il l’utilisait probablement à Billancourt pour son enseignement. Peut-être l’offrait-il à ses jeunes ouailles ? Et aux jeunes filles de son orphelinat ? Cet exemplaire a peut-être séjourné sur des rayonnages quelque part à Billancourt ? Il n’y avait alors guère plus de 1 800 habitants.

Un orphelinat de jeunes filles pendant la guerre de 1870-1871.

Nous avions également découvert, il y a plusieurs mois, un autre ouvrage. Un livre intitulé « Un orphelinat de jeunes filles pendant la guerre de 1870-1871« , signé de l’abbé Gentil. Le texte est disponible sur Gallica5. Cette oeuvre a une portée historique forte.

Publié en 1879, cet ouvrage raconte comment, alors que les prussiens foncent vers Paris en 1870, l’abbé Gentil prend sous son aile 122 femmes et 26 orphelines de Billancourt pour les mettre à l’abri dans un village près du Mans. Il y raconte le départ en urgence, la recherche au quotidien de subsistances et d’argent pour ce qu’il appelle sa « colonie » de réfugiées, la peur suscitée par l’arrivée des soldats prussiens dans le village où elles sont exilées, puis leur retour, après la signature de l’armistice. Nous racontions cette histoire remarquable dans cet article.

Le livre est essentiellement constitué des lettres rédigées par la directrice des orphelines, Irma L. (nous n’avons pas son nom complet). Cette directrice, partie aux côtés de l’abbé durant l’exil, raconte, chaque semaine, à une parente nommée Nathalie, leurs difficultés au jour de jour. Ses lettres citent quasi in extenso les nombreuses lettres rédigées par l’abbé6 lui-même, au jour le jour. L’ouvrage nous donne donc à voir le récit de ces deux témoins.

Le livre est complété par un « journal de Billancourt pendant la Commune », un récit rédigé par l’abbé, après le retour des réfugiées à Billancourt.

Le livre été imprimé « dans le but de procurer quelques ressources aux jeunes filles faisant partie de l’orphelinat« . C’est, aujourd’hui, un témoin majeur et méconnu de la vie des billancourtois durant cette dure période de l’histoire de France.

Cet homme mérite bien plus que l’oubli dans lequel il est tombé.

Ces trouvailles nous donnent à voir un homme à l’activité incessante, au dévouement exceptionnel pour le plus pauvres. Cet homme de Dieu ne se plaint jamais. Il ne parle jamais de lui. Il arpente les villages alentours pour faire appel à la générosité. Et ça marche, il touche les cœurs. Il consacre toutes les ressources collectées à ses protégées, au point qu’il néglige de remplacer le manteau râpé qu’il traîne partout. Il acceptera une nouveau manteau et une paire de chaussures neuves.

Cet homme mérite bien plus que l’oubli dans lequel il est tombé. Ces deux ouvrages surgis du passé nous le rendent plus présent. Le Village est heureux de les partager avec vous.


  1. L’abbé a été curé de Billancourt entre 1860 et 1874 ↩︎
  2. Catalogue de la BnF : https://catalogue.bnf.fr/index.do ↩︎
  3. Catalogue de l’éditeur : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9205844 ↩︎
  4. Le Monde du 19 décembre 1864 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67120105 ↩︎
  5. Le texte peut être consulté sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6451920q ↩︎
  6. Ses lettres de l’abbé ont été regroupées et publiées, en 1870 et 1871, dans la fameuse « Notice de l’émigration paroissiale de Billancourt » Elle peut être consultée aux archives municipales ou sur Gallica https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5437296j. ↩︎

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