Les plus grandes glacières d’Europe

Connaissez-vous le « parc des Glacières » ? Et l' »école des Glacières », de la rue de Clamart ? C’était quoi ces glacières, au juste ?

À l’origine, on collectait la glace l’hiver dans les lacs et étangs pour la stocker dans des lieux souterrains appelés « glacières » et la redistribuer le reste de l’année. Les glacières étaient des grottes ou des puits maçonnés dédiés à cet usage. Pour limiter la fonte, on recouvrait la glace d’une bonne couche de paille. En été, on allait parfois la chercher loin, sur les glaciers des Alpes.

La glace était alors un produit de luxe reservé à la restauration et aux gens aisés. On trouvait ces glacières naturelles au bois de Boulogne ou à Chaville. À Paris, on stockait depuis le XVIIe siecle, la glace dans d’anciennes carrières souterraines près du parc Montsouris. Elles ont donné leur nom à la rue de la glacière et la station de métro « glacière ».

La glace industrielle

Au XIXe siècle, avec l’industrialisation, on fabrique de la glace toute l’année et en grandes quantités.

La Compagnie Générale de Glace Hygiénique est fondée la même année que la société Renault, en 1898. La société a trois succursales à Paris, quai de Grenelle notamment, et d’autres à Saint Denis et à Vaucresson. Elle choisit Billancourt pour implanter son usine, en 1899 au 45 rue de Meudon, sur le site du parc des Glacières actuel. Le large terrain s’étale sur 22.800 mètres carrés. On construit un imposant bâtiment dont la façade est soignée, avec ses trois larges arcades vitrées. La toiture est surmontée de lanternons, probablement plus décoratifs qu’utilitaires. Un élégant portail de fer forgé en garde l’entrée. Le tout est flanqué d’une grande cheminée de 50 mètres de haut, la plus haute de Billancourt.

Parc des Glacières 2020
Les glacières avant et après, depuis la rue de Meudon, à côté de l’ancienne patinoire. Le village de Billancourt

C’est alors la plus importante usine d’Europe. Elle est conçue pour produire 440 tonnes de glace par jour et d’en stocker 40.000, suffisamment pour approvisionner toute la ville de Paris.

En 1905, la puissance des machines s’élève à 1.670 chevaux-vapeur en trois machines à vapeur de type Corliss. Elles fabriquent la glace, par compression puis détente du gaz ammoniaque anhydre. Le froid est produit lors de la détente, à l’instar de nos réfrigérateurs. 240 à 300 tonnes de glace sortent de l’usine par jour (360 au maximum), sous forme de blocs longilignes d’une centaine de kilos. L’usine n’emploie que 50 ouvriers en été et 30 en hiver.

La glace est majoritairement livrée sur Paris. La livraison est assurée tous les jours par un effectif de 150 à 200 chevaux et 125 à 150 cochers. Pour ce faire, 4.700 m² sont dédiés aux écuries, construites de l’autre côté de la rue.

L’entreprise fut transformée en Société Nouvelle des Glacières de Paris en 1936. La glace coûtait alors 12 francs les 100 kg, soit l’équivalent d’une demi-journée de travail.

Gravement endommagée par les bombardements alliés de 1942 et 1943 qui visaient les usines Renault, elle fut revendue et reconstruite en 1945, mais pour peu de temps.

Les glacières approvisionnent en glace la nouvelle patinoire, construite juste en face.

L’usine disparait avant 1976. L’arrivée du congélateur et du réfrigérateur l’ont rendue obsolète. Chacun a dorénavant une usine à glaçons dans sa cuisine.

Qui se souvient encore de ce grand bâtiment qui dominait la rue de Meudon ?

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